dimanche 20 décembre 2009

Egalité, mon cul...

Il est amusant (désolant en fait...) quand même de les entendre dire de concert que l'intrigue de « La Journée de la jupe » de Lilienfeld ne repose pas vraiment sur les rapports entre hommes et femmes, sur le regard que portent les hommes sur les femmes. Que ce ne soit pas le seul thème du film, soit, mais quand même... c'est fermer les yeux et se boucher les oreilles de ne pas y voir l'enjeu central. Parce que ce sont des mecs, dit M.A.... sans doute, sans doute... Qu'est-il dit là que vous ne puissiez appréhender? Qu'est-il dit là qui vous dérange au point de ne pas l'entendre? Nos évidences ne sont pas les vôtres et manifestement nous avons du mal à nous comprendre... Vous n'aimez pas les généralités trop rapides,vous ne vous sentez pas concernés? Regardez quand même le monde qui vous entoure...
Et puis quand même... il est certaines choses qu'il ne faut pas oublier. Tu ne sauras jamais ce que c'est, pour une femme, que de se faire traiter de salope par l'homme avec qui elle vit; tu ne sauras jamais ce que sais de se faire littéralement secouer, tirer les cheveux, gifler; tu ne sauras jamais ce que c'est que de se faire coincer contre un mur ne serait-ce que pour être forcée à écouter ce qui lui a déjà été hurlé mille fois; tu ne sauras jamais ce que c'est que de se retrouver face à un homme qui use de sa force physique pour maintenir l'autre face à lui; tu ne sauras jamais ce que c'est que d'être obligée de se laisser tomber au sol pour échapper aux injures et aux polémiques obsessionnelles.
Et tu pourras opposer à cela toutes les violences par toi subies... Tu ne sais pas.
Tu ne sauras jamais ce qu'est « être une femme » face à cette violence physique masculine.
C'est moche tout ça, c'est moche.

jeudi 17 décembre 2009

Le ruban blanc, Mickael Haneke.


Le village des enfants maudits

Sur le blanc immaculé
Dans le noir profond
Tans de marmots qui grouillent dans vos familles
Chérubins aux yeux clairs chérubins à tête d'ange.
A l'ombre du foyer, pourtant,
Dieu, dans les yeux de vos parents,
Juge, condamne, punit, frappe et viole
Il vous brime, vous anéantit, vous éviscère,
Et vous nourrit de sa colère,
Vous abreuve de cette haine.
Et vous continuez de sourire, faux innocents,
Baissez la tête pour accueillir les coups
Acceptez en silence la violence indicible,
La cruauté incompréhensible.
Mais déjà dans vos têtes emplies de cauchemars,
Vous calculer votre vengeance.
Vous avez les yeux trop froids.
Et vos yeux sont trop secs.
Sur le blanc immaculé
Dans le noir profond
Des corps se brisent, des bouchent se tordent, des yeux se crèvent, des âmes se meurent...
Et l'on ne sait, d'où vient le mal.
Qu'a-t-on fait de vous, enfants maudits?
Que ferez-vous de vos trente ans, enfants maudits?

dimanche 13 décembre 2009

Les Amants


Nous en sommes revenus de Cythère
Nous y avions savouré les fruits suaves
Joui de sa nature tumultueuse
Qui nous avait offert des lits envoutants
Nous y avions exploré les territoires d'ivresse
Ouvert la porte d'alcôves insoupçonnées
Avions découvert l'infini des horizons voluptueux
Nous nous sentions forts et éblouissants
Débordés par des lumières inouïes

Puis la chair des fruits s'est emplie de grains de sable
Leur goût est devenu amer
Nous n'avons plus trouvé pour nous étendre
Qu'un sol hostile et rocailleux
Le ciel s'est chargé d'orages sombres
Nous n'avons plus croisé que branches et ronces
Qui meurtrissaient nos chairs
Nous sommes devenus mornes et pitoyables
Je suis devenue bloc de glace, sèche et froide
La nausée a enchaîné mon corps
Alors nous en sommes revenus de Cythère
Je t'y ai forcé
Et même si aujourd'hui je hurle l'île perdue
Et si mon corps prisonnier se tort dans la douleur
Si mon corps brûlant réclame son dû
Si mon corps inassouvi me dévore
Nul embarquement à Cythère ne se peint
Et tu peux toujours attendre

samedi 12 décembre 2009

Néant




Et tout à coup
Je te vois te lever
Bien droite
T'assumer fièrement
Hurler et murmurer
Dire
Je suis là
Sereinement sans trouble
Nulle hésitation
Et moi putain
Ce serait quoi
M'assumer
Ce serait quoi putain m'assumer
Qui suis-je pour assumer quoique ce soit
Qu'ai-je donc
Moi
A revendiquer
Ma médiocrité
Ma pauvre petite médiocrité
Assumer le néant le rien
Je peux vivre avec une femme
Je peux vivre avec un homme
Je peux faire l'amour
Je peux coucher avec l'une avec l'autre
Je peux à l'occasion baiser
Même me faire baiser
Parce qu'être là
Ou ailleurs
Qu'est-ce que j'en sais
Pauvre petite médiocrité

A suivre

"J'ai moi, pour l'heure, des centaines de choses à te dire.
- Grand bien te fasse. Toi qui as façonné pour moi, ma chair, mon sang, ma voix, ma voie, mes mots , mon regard... N'est-ce pas assez? Fous-moi la paix.
- Mais moi je sais. Tout de toi.
- Trop laissée m'envahir, je t'ai. Tu es partout et c'est assez, c'est trop. Je ne veux pas t'entendre."

mardi 8 décembre 2009

La fille qui croyait qu'il suffisait d'avancer



Au départ, je suis une fille sans histoire... c'est à dire suffisamment inconsciente pour trimbaler sur son dos -comme tout le monde- son lot de fantômes et de casseroles sans s'en apercevoir, et sans trouver ça lourd le moins du monde. Tout va bien, merci. Volontiers mélancolique mais aimant rire et qu'on la fasse rire. Parfois un peu trop sérieuse « Tu n'es pas joueuse. » lui dit-on un jour. Pas très bavarde mais capable de parler longtemps, pour peu qu'on l'interroge et qu'on lui demande de « creuser un peu plus profond ». Capable surtout de se taire, d'écouter, de relancer et même de tarauder, parce que le spectacle des autres, c'est plus simple pour elle. Curieuse de la vie des proches et moins proches, avide de les comprendre. Souriante à l'excès parce que le vie est belle et qu'elle refuse de perdre du temps à pleurer. Papillon qui grappille et butine. Une belle histoire d'amour de huit ans qui s'effrite et s'effiloche, parce qu'il n'est pas bien certain qu'elle sache aimer. Et qu'elle s'ennuyait. Une rencontre folle et démesurée vient mettre un terme à l'ennui. Une autre histoire commence. Moins belle (...)
Trente-trois ans et soudain quelque chose en moi me somme de faire les comptes : de toutes parts semble-t-il, des voix m'interpellent. Est-ce bien la vie tout ça? Qui es-tu vraiment? Qu'as-tu construit de toi-même avec tes petites mimines? Est-ce là la vie que tu souhaitais? J'essaie de retrouver, organiser, compter mes casseroles... j'essaie de comprendre quel(s) fil(s) les relie(nt), comment elles sont accrochées. Je tente d'y voir clair, de démêler. Je ne parviens pas à savoir lesquelles je peux ranger et comment, lesquelles sont essentielles, lesquelles je peux jeter ...C'est plein de gros nœuds et j'ai parfois tendance à penser que c'est peut-être se faire chier pour rien. Si ça tient comme ça, sur mon dos, je pourrais continuer à avancer en souriant, vaille que vaille.
Trente-trois ans et soudain quelque chose en moi me somme de faire les comptes.

dimanche 6 décembre 2009

A vous


Ombre passagère
Des lignes qui furent miennes
Touchée explorée

jeudi 3 décembre 2009

A vos amours

De Profundis de Oscar Wilde. Lettre de l'auteur envoyée de la prison à son ancien amant à cause de qui -pour faire vite- il s'est retrouvé enfermé. C'est toute la souffrance d'un homme passionnément amoureux, prêt à tous les sacrifices (notamment le sien et celui de sa création) pour cet amant qui le trahit, se joue de lui, le méprise. Un homme abimé, meurtri qui sait son honneur et sa reconnaissance publique perdus. Et qui, dans sa prison, se révolte, comprend, hurle sa colère et sa douleur.
« Le seul crime est d'être superficiel, tout ce qui est compris est bien. »

La fille la plus géniale que je connaisse

Pauvre fou
Pauvre fou
Fallait-il que tu sois abimé
T'enticher de celle-là
Celle-là même dont tu sais tant
Dont tu sais trop
Et peut-être mal

Fallait-il que tu sois abimé
T'enticher de celle-là
L'insouciante inconsciente
Incapable de donner
Incapable de se porter

Tu la vois pourtant si souvent
Se débattre sans y croire
Se noyer sans penser à lever la tête
S'embourber
Un jour de plus un jour de plus
Pour la dernière fois

Fallait-il que tu sois abimé
T'enticher de celle-là
Qui a ses yeux portés partout ailleurs
Qui ne s'est jamais demandé pourquoi tu la défendais
Qui ne veut voir dans ton regard qu'un soutien fraternel

De quel crime te sens-tu le devoir te t'amender?
Pourquoi, encore, une inaccessible?
Crois-tu, par ton amour, devoir la sauver?
Crois-tu, par ton amour, pouvoir la sauver?
De quelle commisération es-tu façonné?

Tu ne peux les sauver
Ni elle, ni le monde

Tu le vois bien
Celle-là n'est pas faite pour toi
Parce qu'enfin, l'amour n'est pas charité

A partager

L'autre monde ou les états et empires de la lune, de Cyrano de Bergerac ; mise en scène Benjamin Lazar. Deux musiciens et un personnage. Une des premières utopies ; un homme pense que la lune est un autre monde habité lui-même par des hommes. Il parvient à s'y rendre et en découvre les habitants. Une société composée d'hommes plus grands que nous et marchant à quatre pattes et dont les lois et les représentations diffèrent de celles en place sur la terre.
Éclairage féérique à la bougie uniquement, qui se reflète essentiellement sur le visage et les mains blanches du personnage. Jeux d'ombres et de lumière. Gestes d'une précision, d'une délicatesse et d'une sensualité incroyables. Jeux de mimes et démultiplication du personnage.
Décor sobre en bois. Accompagnement musical discret (presque trop) et judicieusement senti.
Moment : celui où le personnage, le visage encadré dans ses mains et posé sur l'escabeau, joue un chou auquel on a coupé la tête... et il semble, que c'est effectivement un chou, doté d'une paire d'yeux et d'une bouche, qui nous parle.

mardi 1 décembre 2009

Fabula

Elles sont sept sur la scène. Peut-être en ligne face au public.
« Et toi ta mère?
- Et toi ta mère?
- Et toi ta mère?
- Et toi ta mère?
- Et toi ta mère?
- Et toi ta mère?
- Et toi ta mère? »

Nausée

C'est comme si je dégueulais là, tous les mots dont je m'étouffe, tous les mots dont je m'étrangle, tous ceux que je contiens, tous ceux qui me contiennent, tous ceux que je n'ai pas pu prononcer, tous ceux que je n'ai pas su prononcer, tous ceux que je n'ai pas osé prononcer, tous ceux que je ne pense pas, tous ceux que j'ai cachés, tous ceux qui m'ont blessée, tous ceux qui m'obsèdent, tous ceux que je devine dans l'obscurité de ma tête en miettes, tous ceux qui me dérangent, tous ceux que je ne devine pas, tous ceux que je ne connais pas, tous ceux -sans doute- qui ne sont même pas à moi ni de moi. Deux doigts dans la gorge parce qu'il faut bien les forcer un peu. Et soulager (?) ce corps encombré de tout ce bruit en lui, de ces cris. Faire un peu le silence.