Des nouvelles courtes percutantes, aux chutes acérées. Des histoires d'adulte à hauteur d'enfant, ou d'enfant à hauteur d'adulte. Des histoires d'êtres abimés habités d'illusions et rattrapés par une réalité sauvage. Des êtres malmenés par un passé qui s'agrippe à leur cœur comme une sangsue. Des enfants-roi, ou des enfants victimes, des enfants soumis ou des enfants cruels. Des récits et des voix qui se croisent et se mêlent.
« Il a décidé, On va retirer nos fringues, avec Ugmar on se mettait nus dans la cabane. Gilles était mince et lisse et blanc. Ensuite, nue et sans honte elle avait dit, Ne pleure pas je t'en prie. Elle a serré Gilles dans ses bras. Le pénis dur et tendu est entré en elle. Du sang a coulé. Ça a fait mal. A peine.
Elle dit qu'elle a cru un moment détenir le remède au malheur de Gilles. Comme un pouvoir magique. »
vendredi 30 avril 2010
David Jaomanoro, Pirogue sur le vide.
Un recueil de nouvelles terriblement violentes entre les Comores, Madagascar et Mayotte.
Ce sont des histoires d'individus qui vivent dans la misère à l'ombre de croyances et des traditions infâmes. Ils se meuvent dans des cases sordides, dans l'odeur d'urine, de merde, de sang, de sperme, de pu, de transpiration, au milieu des mouches carnivores. Des histoires de vengeance, de meurtres, de viols. Car pour se battre contre la misère, il leur faut écraser l'autre, quelque soit le moyen. Et celles qui subissent le plus, ce sont les femmes. A l'image des récits, la langue est brutale, chargée d'images inouïes, de mots qui suggèrent les voluptés insulaires et révèlent paradoxalement des horreurs insoutenables.
« Les mâles sont des procréateurs et des obsédés. Raison pour laquelle on les encourage à avoir le maximum de rapports avant le mariage. Tu vois, dès l'âge de treize ans, on construit leur banga un peu à l'écart de la maison paternelle. Ils y vivront jusqu'au jour de leur mariage. C'est pour ne pas les gêner dans leur initiation. Ils entrent dans la vie maritale déjà expérimentés. Il faut que tu sois à la hauteur. Muscle tes reins et tes fesses. Ton mari doit te trouver meilleure danseuse que toutes les aventures qu'il aura connues avant toi. Liane souple, mais résistante.(...) Tu assouviras le moindre des désirs de ton mari. Tous ses fantasmes. Même pendant tes périodes d'indisposition comme en ce moment. Trouve un moyen. Utilise tes mains. Ta bouche. Tes lèvres. Ta langue. (…) Rends le fou. Sinon ton mari ira vers d'autres femmes, et tu le perdras pour toujours. Son plaisir avant tout. Le tien en dépend. »
« Elle ferme les yeux. Des images souillent sa tête. Déposent dans sa bouche une épaisse couche de cendres. »
David Jaomanoro, Pirogue sur le vide. Éditions de l'Aube, 2006.
Ce sont des histoires d'individus qui vivent dans la misère à l'ombre de croyances et des traditions infâmes. Ils se meuvent dans des cases sordides, dans l'odeur d'urine, de merde, de sang, de sperme, de pu, de transpiration, au milieu des mouches carnivores. Des histoires de vengeance, de meurtres, de viols. Car pour se battre contre la misère, il leur faut écraser l'autre, quelque soit le moyen. Et celles qui subissent le plus, ce sont les femmes. A l'image des récits, la langue est brutale, chargée d'images inouïes, de mots qui suggèrent les voluptés insulaires et révèlent paradoxalement des horreurs insoutenables.
« Les mâles sont des procréateurs et des obsédés. Raison pour laquelle on les encourage à avoir le maximum de rapports avant le mariage. Tu vois, dès l'âge de treize ans, on construit leur banga un peu à l'écart de la maison paternelle. Ils y vivront jusqu'au jour de leur mariage. C'est pour ne pas les gêner dans leur initiation. Ils entrent dans la vie maritale déjà expérimentés. Il faut que tu sois à la hauteur. Muscle tes reins et tes fesses. Ton mari doit te trouver meilleure danseuse que toutes les aventures qu'il aura connues avant toi. Liane souple, mais résistante.(...) Tu assouviras le moindre des désirs de ton mari. Tous ses fantasmes. Même pendant tes périodes d'indisposition comme en ce moment. Trouve un moyen. Utilise tes mains. Ta bouche. Tes lèvres. Ta langue. (…) Rends le fou. Sinon ton mari ira vers d'autres femmes, et tu le perdras pour toujours. Son plaisir avant tout. Le tien en dépend. »
« Elle ferme les yeux. Des images souillent sa tête. Déposent dans sa bouche une épaisse couche de cendres. »
David Jaomanoro, Pirogue sur le vide. Éditions de l'Aube, 2006.
Opaline
C'est cela que tu détestes.
Son manque de confiance en elle.
Son soucis de ce qu'on pourrait penser d'elle.
L'obsession de son illusoire indépendance.
A ton égard.
C'est cela que tu nommes influençable.
Et ton angoisse de toujours passer derrière, d'être effacé, de disparaître.
A la trappe.
Au profit des autres.
Dernière roue du carrosse.
Elle n'est pas toute-là.
Tu le sens.
Elle pourrait bien t'échapper.
Se faufiler, glisser entre tes doigts.
Tu enrages de ses silences.
Tu la crois ici ; l'instant d'après,
Volte face.
Elle t'a tourné le dos.
Et nourrit dans ses entrailles des mots qu'elle ne confie pas.
Tu crois la maintenir à nouveau.
Elle se dérobe en un éclat de rire tapageur.
Et s'éloigne dans de secrètes eaux où tu ne peux la rejoindre.
Toi qui n'a pas appris à nager.
Elle n'est pas toute-à-toi.
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