mercredi 4 août 2010

Changement de paysage

Puisqu'il fallait bien que cela cesse, vous voilà seule, sur un petit bout de terre, un mouchoir de poche...tant qu'à changer, autant tout changer
"Oh, comme c'est exotique"... Faites la fière si vous voulez... mais cela vous va bien mal.
La faille est béante, le corps en lambeaux... et vous en crevez de ce désir que rien ne vient remplir. On vous l'a dit pourtant... du vide, rien que du vide.
Trouée.

mardi 18 mai 2010

Press de Pierre Rigal.

Press de Pierre Rigal.
Au départ déjà, il a peu de place, enfermé dans cette pièce exiguë.
Au départ déjà, ses gestes sont trop ordonnés, trop lents, trop réglés.
Au départ déjà cet homme, dans son costume impeccable, vit dans le système. Il fait ce qu'on attend de lui, avec assurance. L'œil inexpressif. Chacun de ces gestes s'accompagne d'un bruit métallique inquiétant. Il est une pièce de la machine, juste cela.
Très vite on comprend qu'il ne contrôle rien, son corps est projeté contre les parois de la boîte, il se cogne, se redresse dans un fracas à peine soutenable. Le système fait de lui ce qu'il veut, le happe, l'aimante. Le corps de disloque, se démembre.
Il n'est plus un homme...et son univers se rétrécit encore, et il doit se battre contre ce système qui hurle, rugit, qui se referme peu à peu sur lui, qui le bouffe. Quand il cherche à se révolter, à repousser les murs, il est déjà trop tard. Le combat est violent mais vain.

Week-end de rêve...

...que nous aurions dû passer à explorer les infinies variétés de nos désirs, les infinies merveilles de nos sens, l'étendue de l'émotivité de notre chair.
Baiser quoi.
Sentir tes dents sur mes tétons,
malaxer et lécher ton cul,
saliver sur ta queue,
m'extasier du glissement de tes doigts dans mon sexe,
me dissoudre dans l'acharnement de tes doigts au bout de mes seins,
sucer avec fureur et délectation ton membre adamantin,
jouir de tes gémissements,
me consumer sous les caresses pressantes provoquant mon clitoris,
recevoir ton foutre et m'en enduire la poitrine,
m'ouvrir à ta queue indocile,
crier à chacun de tes coups de reins,
me laisser irradier par le feu de ton sexe,
exulter des derniers tressauts de ton orgasme entre mes cuisses...

Encore. Et encore.

Mais non. Pour seule distraction tes putains de litanies, ton œil bilieux, ton corps muré, et ta queue molle.

C'était bien la peine de partir en week-end pour s'offrir ces joies.

lundi 10 mai 2010

Manca solo la domenica. De Silvana Grasso et Licia Maglietta.

Elle, est une grande sicilienne, vêtue de noir. Elle va nous raconter comment son mariage a été arrangé avec un homme petit, laid et roux; comment son mari s'est envolé en Australie; comment elle a nourri l'espoir d'être veuve; comment elle s'est inventé six maris défunts pour occuper honorablement les six jours de la semaine; comment son mari est revenu ;comment elle l'a regardé mourir; et comment elle a fini par proposer son mari défunt à une rivale qui allait s'emparer du plus jeune et du plus beau de ses maris...
Elle est fière, digne et déterminée.
Elle sera veuve ou rien.
Elle rejoue pour nous sa petite histoire, illustre son récit de descriptions crues, de comparaisons et d'images abjectes - Ah cette bave qui n'en finit pas d'emplir la bouche du mari, qui s'agglutine jusqu'à former des stalactites!
Elle est admirable, elle qui roule des yeux, tord sa bouche, minaude, vocifère, grimace, implore, se gausse.
Admirablement drôle avec sa gouaille folle.
A ses côtés un homme, roux, lui répond et l'accompagne, au son mélancolique ou tonitruant de son accordéon.

Fresque, femmes regardant à gauche. Paco Dècina.

Ils sont sept, trois femmes et quatre hommes. Les corps se croisent, se rejoignent, s'effleurent, se heurtent, s'éloignent, se fuient, se soutiennent, se défilent, s'entrechoquent, s'épousent, s'éjectent, se tendent, se replient, s'invitent, se toisent... Les regards sont chargés d'expression. Les corps sont beaux. Le titre est beau.
Et pourtant quelque chose ne passe pas. Il y manque un véritable courant de désir, il y manque de la chair. Parce que c'est trop parfait. Parce que la qualité technique est trop visible... et de ce fait, les corps ne paraissent jamais meurtris, jamais en souffrance. La douleur est feinte et cela se voit. Ce qui nous empêche d'aller jusqu'à eux... on reste à s'extasier sur les prouesses techniques, la virtuosité, l'absolue maîtrise des corps... sans jamais toucher du doigt ce que -sans doute- ces corps avaient à nous dire.

dimanche 2 mai 2010

Mes femmes 3 : Cathy

Au moins j'aurai résisté
Ne jamais me donner
Ne jamais accepter d'être à eux
Ils sont laids leur sexe me répugne
Ils sentent le vin mauvais
Leur sueur rance ruisselle le long des tissus gras conglutinés à leur peau
Leurs odeurs envahissent l'air des places les plus larges
Leur bouche bave des borborygmes puants
Leurs yeux injectés de sang lancent des désirs obscènes
Je les vomis je les vomis
Jamais je ne cèderai à leur chair flasque
Jamais je ne cèderai à leur dard bandé
Écartèle moi sur la roue
Décapite moi
Du moins je suis sauve

Sur un air de Corneille

La Fontaine de jouvence

Orages! Ô mes espoirs! Ô jeunesse et amie!
N'ai-je enfin pour tenue que cette étole impie?
Et puis-je m'alanguir sur ces lits envoutés
Et voir en un jour fleurir tant de voluptés?
Mon sein sec qu'avec honte l'amant dédaignait,
Mon sexe qui tant de fois révulsait ce niais,
Tant de fois ruinait mon pauvre corps aux abois,
Ravissent donc les queues, font le bien en moi?
Ô suaves parfums de mes printemps retrouvés!

Leçon d'anatomie

Toi qui veux comprendre,
Ouvre-moi si tu peux,
Mets-moi à nu!
Dissèque-moi,
Dépèce-moi,
Dénerve-moi,
Désosse-moi,
Démembre-moi,
Décortique-moi
Décérèbre-moi,
Et cherche.
Cherche ce qui se cache en moi,
Ce que je renferme,
Ce que je dissimule.
Gratte là où le sang t'empêche de voir,
Recherche ce qui fait battre le cœur,
Stimule les nerfs à vif,
Suis les méandres de mon cerveau,
Observe bien les zones d'ombres,
Fouille attentivement chaque recoin.
Mets-moi à nu si tu peux!
Mais ne compte pas trop y trouver un quelconque apaisement.

samedi 1 mai 2010

Chamcha, dans "Les Versets Sataniques" de Salman Rushdie

Pour le plaisir d'une belle phrase

Je prends racine dans les femmes que j'aime.

Sommeil pusillanime

Depuis des jours
J'attends, yeux mi-clos, sur le sable tiède
Qu'enfin la voile se gonfle
Mais nulle brise, nul souffle, nul alizé
Je somnole et mon corps s'alanguit
Mon esprit s'engourdit
Je ne partirai pas
Pas aujourd'hui
Et contemplerai un jour encore
Cette voile qui ne veut pas m'emmener

vendredi 30 avril 2010

Annie Saumont, Moi les enfants j'aime pas tellement.

Des nouvelles courtes percutantes, aux chutes acérées. Des histoires d'adulte à hauteur d'enfant, ou d'enfant à hauteur d'adulte. Des histoires d'êtres abimés habités d'illusions et rattrapés par une réalité sauvage. Des êtres malmenés par un passé qui s'agrippe à leur cœur comme une sangsue. Des enfants-roi, ou des enfants victimes, des enfants soumis ou des enfants cruels. Des récits et des voix qui se croisent et se mêlent.

« Il a décidé, On va retirer nos fringues, avec Ugmar on se mettait nus dans la cabane. Gilles était mince et lisse et blanc. Ensuite, nue et sans honte elle avait dit, Ne pleure pas je t'en prie. Elle a serré Gilles dans ses bras. Le pénis dur et tendu est entré en elle. Du sang a coulé. Ça a fait mal. A peine.
Elle dit qu'elle a cru un moment détenir le remède au malheur de Gilles. Comme un pouvoir magique. »

David Jaomanoro, Pirogue sur le vide.

Un recueil de nouvelles terriblement violentes entre les Comores, Madagascar et Mayotte.

Ce sont des histoires d'individus qui vivent dans la misère à l'ombre de croyances et des traditions infâmes. Ils se meuvent dans des cases sordides, dans l'odeur d'urine, de merde, de sang, de sperme, de pu, de transpiration, au milieu des mouches carnivores. Des histoires de vengeance, de meurtres, de viols. Car pour se battre contre la misère, il leur faut écraser l'autre, quelque soit le moyen. Et celles qui subissent le plus, ce sont les femmes. A l'image des récits, la langue est brutale, chargée d'images inouïes, de mots qui suggèrent les voluptés insulaires et révèlent paradoxalement des horreurs insoutenables.

« Les mâles sont des procréateurs et des obsédés. Raison pour laquelle on les encourage à avoir le maximum de rapports avant le mariage. Tu vois, dès l'âge de treize ans, on construit leur banga un peu à l'écart de la maison paternelle. Ils y vivront jusqu'au jour de leur mariage. C'est pour ne pas les gêner dans leur initiation. Ils entrent dans la vie maritale déjà expérimentés. Il faut que tu sois à la hauteur. Muscle tes reins et tes fesses. Ton mari doit te trouver meilleure danseuse que toutes les aventures qu'il aura connues avant toi. Liane souple, mais résistante.(...) Tu assouviras le moindre des désirs de ton mari. Tous ses fantasmes. Même pendant tes périodes d'indisposition comme en ce moment. Trouve un moyen. Utilise tes mains. Ta bouche. Tes lèvres. Ta langue. (…) Rends le fou. Sinon ton mari ira vers d'autres femmes, et tu le perdras pour toujours. Son plaisir avant tout. Le tien en dépend. »

« Elle ferme les yeux. Des images souillent sa tête. Déposent dans sa bouche une épaisse couche de cendres. »

David Jaomanoro, Pirogue sur le vide. Éditions de l'Aube, 2006.

Opaline


C'est cela que tu détestes.
Son manque de confiance en elle.
Son soucis de ce qu'on pourrait penser d'elle.
L'obsession de son illusoire indépendance.
A ton égard.
C'est cela que tu nommes influençable.
Et ton angoisse de toujours passer derrière, d'être effacé, de disparaître.
A la trappe.
Au profit des autres.
Dernière roue du carrosse.
Elle n'est pas toute-là.
Tu le sens.
Elle pourrait bien t'échapper.
Se faufiler, glisser entre tes doigts.
Tu enrages de ses silences.
Tu la crois ici ; l'instant d'après,
Volte face.
Elle t'a tourné le dos.
Et nourrit dans ses entrailles des mots qu'elle ne confie pas.
Tu crois la maintenir à nouveau.
Elle se dérobe en un éclat de rire tapageur.
Et s'éloigne dans de secrètes eaux où tu ne peux la rejoindre.
Toi qui n'a pas appris à nager.
Elle n'est pas toute-à-toi.

dimanche 21 février 2010

Qu'est mon néant auprès de la stupeur qui vous attend?

Texte et mise en scène d'Olivier Bordaçarre.

De là, on sort les jambes flageolantes, le souffle coupé, le cœur au bord de l'implosion. Sans voix, sans mot. Car qu'y aurait-il à rajouter? Tout nous a été raconté, tout nous a été expliqué, tout nous a été hurlé. Qu'y aurait-il a dire encore?
Elle est là, Anna, seule, la dernière peut-être, les yeux hagards et le corps ravagé, les pieds dans la poussière... elle a encore un peu de forces, Anna, pour nous raconter son histoire, la nôtre... et elle ne taira rien, elle y mettra tout ce qui lui reste de folie, à nous la montrer, à la partager... Et si elle y distille quelques métaphores, ce sera pour gueuler plus fort encore son déchirement. Jusqu'à l'écœurement.
Puis elle s'en va, Anna, avec sa petite musique, dernière relique de civilisation.

dimanche 14 février 2010

"Une belle matinée", Marguerite Yourcenar.(suite)

Rêves de théâtre

C'est une coure période de la vie de Lazare, un jeune garçon à Amsterdam, au XVIIe siècle, qui décide de se joindre à une troupe de comédiens ambulants; et qui rêve, le temps d'une nuit, à tous ces grands rôles que sa vie pourrait lui donner occasion de jouer. Nous ne savons pas grand chose de cet enfant : juste qu'il travaille pour la tenancière d'un bordel qui le protège ; que le goût du théâtre lui est venu d'une rencontre avec un ancien amant de cette femme. De la suite nous n'en saurons pas davantage. Même pas s'il part vraiment. Juste qu'il accompagne la troupe pour aller jouer, une première fois, dans le parc d'un seigneur voisin.

L'histoire tient à ce « rien »... tout l'intérêt réside dans la beauté et la sensualité de la langue. Le style qui, avec la légèreté d'une plume, effleure et ébauche un visage, un sentiment, un caractère, un souvenir. La célébration voilée, à travers leurs personnages, de quelques dramaturges immortels.

vendredi 12 février 2010

"Une belle matinée", Marguerite Yourcenar.


"Lazare pensait que, pour être aussi prévenants l'un envers l'autre, ils avaient dû se réveiller souvent, comme font ceux qui s'aiment, la tête sur le même oreiller..."
Gallimard, 1982.

jeudi 11 février 2010

"Motivité"

mercredi 10 février 2010

Mes femmes 2 : Gabrielle d'Estrées



Diablesse à la beauté ravageuse
Et au corps insatiable
Tu t'en remets à tes sens
Et veux en savourer les délices
Tu sais le parfum des tourments charnels
Et tu envoûtes le roi qui te veut féconde


Diablesse à la beauté ravageuse
Et au corps insatiable
Combien sont-elles celles qui rêvent
D'être le huitième pêché capital de ta fratrie
Combien sont-elles celles qui lorgnent ta place
Dans les draps du vainqueur
Combien sont-ils ceux qui pétris de frustrations
Jalousent secrètement le lit du roi
Combien sont-ils les bien-pensant
Qui souhaitent que ton reflet s'efface du miroir



Diablesse à la beauté ravageuse
Tandis que le mariage approche
Rats d'église et bigotes
Impuissants devant ton corps exalté
Effrayés par ta puissance voluptueuse
T'accusent d'être sorcière



Diablesse à la beauté ravageuse
On annonce ta mort lors que tu te tords encore
De douleur dans tes draps ensanglantés
Pour que nul ne puisse te sauver

lundi 8 février 2010

Lust, un roman d'Elfriede Jelineck.

Un animal se lève, il répond à l'appel et le jeune homme aussi est prêt à fouiller la dépouille de cette femme à la recherche de quelque monnaie. Enfin quelque chose d'autre, de nouveau, d'inconvenant, d'inattendu, que l'on pourra plus tard glisser dans une banale pochette-causerie cousue de fil blanc. Les camarades de la corpo ont eux depuis belle lurette capturé leurs premiers ennemis et jeté sur leurs épaules les peaux qu'une mère aimante autrefois étrillait. Enfin on va pouvoir jeter en pâture à ses propres désirs qui tirent impatients sur la laisse, quelque chose de consistant que l'on s'est soi-même taillé dans la chair de l'autre. Pour devenir grand et fort, et entrer un jour dans le ballet des gros poissons qui nagent dans l'océan des cabinets directoriaux.

dimanche 7 février 2010

Silence



Je ne suis pas fâchée.

Je n'ai simplement, pas envie d'entendre tes mots, ce que tu pourrais -comme toujours- avoir à dire. J'aimerais bien, faire avec les miens, de mots... qui ne sont même pas à moi. Mais du moins, m'en tenir à ceux que je possède, et ceux que je tente -même maladroitement- de penser. Faire sans toi.
Tu ne comprends pas, je crois, à quel point -même d'aussi loin que je croyais m'être tenue- je me suis appuyée sur toi.

mardi 26 janvier 2010

Pour qui écrit-on?



Oui, on écrit pour se faire aimer. Oui, on écrit pour séduire. Oui, on écrit pour plaire à l'autre.
« J'aimerais tant, j'aimerais tant que cela vous plaise. Vous en prendrez bien encore un peu? »
Et il a tort, Barthes, qui pense que c'est là se fourvoyer ; que l'on ne peut tomber amoureux de quelqu'un pour ce qu'il écrit... qu'on ne peut tomber amoureux de quelqu'un pour les mots qu'il a tracés...
Car voyons. Combien sommes-nous? Combien êtes-vous? Combien sont-ils? A s'être un jour consumé pour celle ou celui (connu-e ou inconnu-e), qui avait été capable d'écrire les choses si justement, qui avait su toucher la vérité d'aussi près?

dimanche 17 janvier 2010

Et pourtant; nous tolérons l'inacceptable


La psychanalyse ne concerne que ceux qui ont l'essentiel pour vivre dignement. De quoi se nourrir, de quoi dormir, de quoi vider le corps. Elle ne concerne que ceux dont la survie n'est pas menacée. Elle n'est donc, malheureusement, pas universelle. Parce que ceux dont les efforts ne peuvent se tourner que vers la survie, n'ont aucune place pour la jouissance du signifiant. Il n'est question que de besoins vitaux à assouvir.
Pourtant la psychanalyse touche à l'homme et à ce qu'il a de plus profond. Ce qui revient à dire que : tous ceux que nous laissons crever de faim, nous les privons de leur humanité, nous les réduisons à un organisme primaire. Et nions ce qu'ils sont. Des femmes et des hommes.

Le réveil des sorcières

Levez-vous Margret, Griet, Margot et autres Marguerite
Habillez-vous de haillons ou de basquines
Révoltez-vous vous êtes libres
Qu'importe qu'ils vous croient folles
Forcez la porte de leur foyer
Tenez leur la dragée haute
Rendez-leur la monnaie de leur pièce
Brisez leur crucifix
Émasculez-les ou violez-les
Transformez-les en crapauds
Ou fuyez-les

mardi 12 janvier 2010

Dans le miroir

Au lieu de me chercher des poux, arrache-moi donc les cheveux blancs que tu me fais.

dimanche 10 janvier 2010

Mes Femmes 1 : Jeanne De Castille

Fille de Castille
Tes yeux scrutent à travers le bois sombre
Le corps que l'Aragon t'a arraché
Et ne perçoivent que l'homme désiré
Le corps qui édifiait ton ivresse
Le corps sur lequel tu épanchais ta flamme
Car tes yeux savent votre union enfin retrouvée
Lui qui la nuit envahissait tes songes
Lui l'absent de ta couche
Lui ensorcelé par de sombres anges blonds
Circés qu'il te fallut châtier
Mais bientôt tu savoureras sa peau adorée
Te blottiras contre sa chair mordorée
Jusqu'à ce qu'un impudent
Reposant le couvercle
Te prive de son odeur
Tu les as oubliés ceux qui te pressent
Car comment pourrais-tu l'ensevelir
Le livrer aux succubes et aux diablesses

Jeanne la Folle, Francisco Pradilla y Ortiz, 1877

Tes yeux scrutent à travers le bois sombre
Le corps que l'Aragon t'a arraché
Mais dans le vent glacé de tes terres
Tu ne les entends pas ceux qui te préparent
Au château
L'antre d'où personne ne t'entendra plus pleurer

samedi 9 janvier 2010

Nous y voilà.

"Dora, en somme, attendait que Freud lui dise ce qu'est une femme. Il lui répond : une mère. Elle n'a dès lors plus d'autre issue que l'avortement de son analyse."
Que veut une femme?, Serge André, éditions du Seuil, 1995.

vendredi 8 janvier 2010

Portrait de famille 2

mercredi 6 janvier 2010

Portrait de famille 1



Les jolies filles de bonne famille.

Vous êtes
Boucles blondes ou mèches brunes
Sourires enjôleurs ou masque mystérieux
Princesses chastes bien formées bien nées
Filles sages qui font la fierté de leurs parents
C'est qu'il y a rang à tenir
Princesses vierges aux formes gracieuses
Charmantes et spirituelles
Prêtes à se sacrifier sur l'autel des apparences
Mais qui voulez-vous abuser
Vous ôtez si vite vos masques
Pensant déjà aux friandises secrètes de la nuit
Vous jouez les énigmatiques
Pour mieux vous faire caresser
Et même si d'une réplique acerbe
Vous affecter de répudier
L'œil déjà humide de concupiscence
Vous vous fendez de quelques mots pénétrés
Quelques phrases licencieuses
Pour mieux appâter l'animal qui guette vos culs
Vous savez vous entourer de visages qui adorent
Vos chairs fraiches et tendres
Dévoilées sous les étoffes fines
Belles ténébreuses
C'est que vous savez vous exposer
Et vous riez
Tandis que leurs yeux
Bavent sur vos poitrines faussement couvertes
Tandis que leurs doigts
Crèvent de pouvoir fouiller vos désirs humides
Tandis que leurs membres durcissant
Lorgnent vos sexes de dentelles protégés
Et vous finissez par laisser glisser les mains sur vos seins fermes
Laisser les dents grignoter vos tétins raidis
Laisser les langues goûter vos désirs
Et vous finissez par écarter vos douces cuisses laiteuses
Par vous ouvrir au membre autoritaire
Par offrir votre antre suintant à la fouille enfiévrée
Jusqu'à ce qu'enfin dans un étouffement contenu
La queue déborde et mollisse
Au petit matin
Vous sortez victorieuses de vos draps dorés
D'avoir, cette nuit encore, choisi le plus bel
De n'être pas fille facile
D'avoir dompté le mâle
Quand vous avez tout offert
Vous sortez la tête haute
Fières de votre tenue
Mais quoi donc
Sous la coquille
Sous le vernis
Si l'on égratigne vos ongles soignés
Sous vos tendres visages postiches
Car enfin ce qu'il faut
C'est bien présenter
Savoir se faire admirer
Savoir se faire aimer
Savoir se faire baiser

mardi 5 janvier 2010

Merci Lhasa...

...de nous avoir fait vibrer lorsque nous nous découvrions, merci d'avoir partagé nos premières nuits, de nous avoir offert tes notes et ta voix lorsque nous nous envolions. Merci d'avoir rythmé la vie du Cocon, des nuits, des jours durant, en boucle.
Merci à Celle qui m'a fait te découvrir.

dimanche 3 janvier 2010

Moravia, Le Mépris.

« Pour la première fois je me demandais si je me connaissais et me jugeais tel que j'étais, sans fausse complaisance envers moi même. »
« On dit que c'est l'automatisme qui nous permet de vivre sans trop de fatigue en nous rendant inconscients de la plupart de nos mouvements. Un seul pas demande la mise en action d'une quantité de muscles et cependant, en vertu de l'automatisme, nous le faisons sans nous en rendre compte. Il en va de même dans nos rapports avec autrui. »


Mais enfin, suis-je capable d'aimer...?