jeudi 24 mai 2012

Femme ordinaire


Tu y a pensé toute la journée à ce message, celui que tu allais écrire ce soir. Sur le trajet qui te conduisait de Mamoudzou à M'tzamboro ; durant la surveillance ; à haute voix pendant le petit déjeuner face à ta colocataire ;au milieu de tes corrections... la pensée lancinante. Maintenant que tu as écrit ta lettre fleuve, masqué ta fébrilité et tes inquiétudes derrière des discours chargés de leçons et de sentences, derrière des mots durs et fiers, commence le moment de l'attente. Tu vérifieras, ce soir, plusieurs fois peut-être, puis demain matin au réveil sur ta boîte mail, s'il a daigné répondre. Tu regarderas aussi sur ton portable dès que le réveil sonnera. Il est possible aussi, qu’exceptionnellement, l'impatience t'offre un réveil sans sonnerie et sans douleur demain matin.

Parce qu'il ne reste qu'un mois avant son départ, que tu ne sais pas ce qu'il adviendra de vous à la rentrée, la voie qu'il aura choisie. Parce qu'au moment où il aurait fallu profiter, s'emparer de l'instant, jouir et jouir encore, voilà qu'il se met soudain, après cette longue période d'extase, à dérailler… un grain de sable dans la machine à plaisirs... un grain de sable dans ton bonheur béat. « Et moi ? Et moi ? cries-tu... Tu penses, toi, à mon bonheur que tu mets en péril avec tes névroses insensées, tes dérapages pathologiques ? Je veux m'amuser encore et tu viens tout gâcher. »

Belles fleurs


Elles ont autour de trente cinq ans. Elles s’enivrent de l'odeur de l’ylang-ylang au centre du jardin de l’École de Musique. Assises sur le grand tapis à droite de la scène, elles n'écoutent pas vraiment la musique du groupe qui envahit le lieu. Non, elles en profitent pour couvrir leurs confidences, leurs paroles secrètes. Lorsque cessent les instruments et les voix, elles murmurent davantage, ou se taisent complètement. Attendent pour pouvoir reprendre leur tête-à-tête. Elles se racontent, cherchent à comprendre qui est cette autre qu'il faudra bientôt quitter, cette autre que peut-être on a croisé trop tard, cette autre qu'on aura manquée... elles le sentent, mais il est trop tard, elles sont trop intimidées, trop incertaines pour détourner leur chemin, tout envoyer balader... trop de choses engagées, trop d'interrogations, trop de retenue. Mais elles veulent savoir. Ce à côté de quoi elles passent. Veulent savoir si elles passent vraiment à côté de quelque chose qui aurait pu être, si elles s'étaient croisées à un autre moment, en d'autres lieux, dans d'autres circonstances.

N'importe qui, à cet instant, regarderait ces deux-là toutes concentrées sur les mots de l'autre, souriant, riant, s'effleurant, le regard fuyant vers un ailleurs, ignorant les musiciens tandis que les mélodies se déversent langoureusement, devinerait ce qui se joue là, entre elles.

Peut-être l'un, a-t-il entendu un mot, ou deux, se détacher... il n'a pas su quoi en faire, il n'est pas sûr d'avoir bien entendu. Lui, assis sur une chaise derrière elles, ne veut pas voir, pas savoir. Ne veut pas savoir que l'une lui échappe, encore.

lundi 21 mai 2012

Un extrait de Babyface, de Koffi Kwahulé, pour la beauté de la langue.


(…) ma langue, sa langue... nos langues. Je sens ma raison me fuir comme à chaque fois que Babyface m'effleure, du bout de sa langue m'effleure. Mon corps à nouveau coule dans le lit et la langue de Babyface lèche mes tétons, rampe le long des mes flancs, sommant mes cuisses de s'écarter, parce qu'elle est mûre pour se laisser engloutir. Ouverte. L'attendre. La happer. La faire fondre sur la langue de mon abandon. Mais la langue, petite souris flairant un piège, tourne et tourne et tourne autour de l'humidité fiévreuse de ma source, mettant à vif la prière de mes désirs... Puis, alors même que je ne l'espère plus, ses lèvres se posent, voraces, sur les berges de ma forge livrée ; la braise du bout de sa langue caresse la mèche de mon attente... et c'est l'incendie.

jeudi 17 mai 2012

Sous la peau


Tu cherches un corps où te perdre, à corps à prendre et à reprendre, un cœur pour te perdre et te répandre, un corps pour te méprendre.

Tu cherches un corps tendre pour t'abimer, t'abîmer.

Tu cherches la pente d'un corps où glisser, te disloquer.

lundi 14 mai 2012

Méandres

samedi 31 mars 2012

Consolation

Je noie mon corps en toi
Je bois ton corps en moi

Mais je ne suis, jamais vraiment là.

"Beloved", de Tony Morrison

Leurs silences grondaient en se heurtant aux murs tels des oiseaux terrifiés.

mercredi 22 février 2012

T'extraire, dit-elle



Je me demandais si
Tu pensais à moi
Aussi souvent que je pense à toi

dimanche 19 février 2012

Conversation


- Dis, espèce de rustre! C'est pas parce que t'avais deux heures de cours aujourd'hui que ça t'empêchait de dire au revoir! Sauvage! Allez, bon week-end quand même...
- J'ai particulièrement aimé ta façon de danser comme si tu t'étais libérée de quelque chose. Pensée positive.
- Mais comme je ne crois pas que nous ayons eu déjà l'occasion de danser dans un même lieu... tu peux difficilement comparer.. Et puis, bordel, c'est pas le sujet... ça empêche pas de dire au revoir..
- Le poète est moins inspiré que celui qui inspire. Eluard. Hors sujet?
- Ça dépend quel est le sujet... Qui est poète ici? Je lis mal entre les lignes...

mercredi 15 février 2012

Toute vers toi tendue


Tu es là
Et je te veux.
Je n’ai pas d’autre choix en cet instant
Que de faire en sorte
Que tu le saches
Que tu le sentes de tout ton corps
Que tu éprouves mon désir dans toute ta chair
Sans que je te touche
Tu dois
Puisque je le veux
Sentir mon regard
Assaillir ton être
S’infiltrer sur ta peau
Tu dois voir
Le vautour
Tournoyer
Prêt à se jeter
Mais qui ne bougera pas
Tu dois comprendre que
D’aussi loin que je me tienne
Chacun de mes mouvements
Si imperceptible soit-il
N’est qu’à toi destiné
Tu dois savoir
L’agitation qui me tourmente
Tu dois entendre que
Chacun de mes mots
Chacun de mes silences
Est un cri
Une exhortation
Que tu peux bien refuser.
Je ne te demande pas ce que tu penses.

mardi 14 février 2012

En hommage à "Aurélien"


La première fois que je rencontrai P., je le trouvai franchement détestable.
La deuxième fois que je rencontrai P., je le trouvai franchement désirable.

mardi 24 janvier 2012

L'Autre femme

Tu n’as pas la droiture que je te croyais. Tu n’as pas non plus la générosité pour laquelle je t’encensais. Ni l’honnêteté. Ni surtout l’altruisme. Du vent. Du paraître. Une illusion. Ce que tu clames et donnes à voir. Comme la plupart, comme moi, tu es capable de petits calculs mesquins, de coups bas, de viles traîtrises, pourvu que ce soit dans ton intérêt. Tu peux être faible… et cette faiblesse n’est pas toujours attachante.

La Loi ou le vœu pieux




Tu ne coucheras point avec :
l’ex de sa nièce
ta meilleure amie
la tante de ton ex
ton cousin
l’ex de ta sœur
ton frère
l’ex de ta meilleure amie

Mais moi, je n’ai pas ta morale…

vendredi 6 janvier 2012

On ne part jamais

Et tu reviens sur tes traces...
Toujours tu cherches...
Un bout de toi
Un bout de vérité
Tu reviens chez toi
Tu ouvres la porte doucement
Avance prudemment
De peur de ne pas reconnaître tes meubles
De peur de ne plus entendre ta voix
De peur de ne plus comprendre tes mots

Tu regardes et penses
Je peux bien m'installer un peu ici

mercredi 4 août 2010

Changement de paysage

Puisqu'il fallait bien que cela cesse, vous voilà seule, sur un petit bout de terre, un mouchoir de poche...tant qu'à changer, autant tout changer
"Oh, comme c'est exotique"... Faites la fière si vous voulez... mais cela vous va bien mal.
La faille est béante, le corps en lambeaux... et vous en crevez de ce désir que rien ne vient remplir. On vous l'a dit pourtant... du vide, rien que du vide.
Trouée.