vendredi 30 avril 2010

David Jaomanoro, Pirogue sur le vide.

Un recueil de nouvelles terriblement violentes entre les Comores, Madagascar et Mayotte.

Ce sont des histoires d'individus qui vivent dans la misère à l'ombre de croyances et des traditions infâmes. Ils se meuvent dans des cases sordides, dans l'odeur d'urine, de merde, de sang, de sperme, de pu, de transpiration, au milieu des mouches carnivores. Des histoires de vengeance, de meurtres, de viols. Car pour se battre contre la misère, il leur faut écraser l'autre, quelque soit le moyen. Et celles qui subissent le plus, ce sont les femmes. A l'image des récits, la langue est brutale, chargée d'images inouïes, de mots qui suggèrent les voluptés insulaires et révèlent paradoxalement des horreurs insoutenables.

« Les mâles sont des procréateurs et des obsédés. Raison pour laquelle on les encourage à avoir le maximum de rapports avant le mariage. Tu vois, dès l'âge de treize ans, on construit leur banga un peu à l'écart de la maison paternelle. Ils y vivront jusqu'au jour de leur mariage. C'est pour ne pas les gêner dans leur initiation. Ils entrent dans la vie maritale déjà expérimentés. Il faut que tu sois à la hauteur. Muscle tes reins et tes fesses. Ton mari doit te trouver meilleure danseuse que toutes les aventures qu'il aura connues avant toi. Liane souple, mais résistante.(...) Tu assouviras le moindre des désirs de ton mari. Tous ses fantasmes. Même pendant tes périodes d'indisposition comme en ce moment. Trouve un moyen. Utilise tes mains. Ta bouche. Tes lèvres. Ta langue. (…) Rends le fou. Sinon ton mari ira vers d'autres femmes, et tu le perdras pour toujours. Son plaisir avant tout. Le tien en dépend. »

« Elle ferme les yeux. Des images souillent sa tête. Déposent dans sa bouche une épaisse couche de cendres. »

David Jaomanoro, Pirogue sur le vide. Éditions de l'Aube, 2006.

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