jeudi 24 mai 2012

Belles fleurs


Elles ont autour de trente cinq ans. Elles s’enivrent de l'odeur de l’ylang-ylang au centre du jardin de l’École de Musique. Assises sur le grand tapis à droite de la scène, elles n'écoutent pas vraiment la musique du groupe qui envahit le lieu. Non, elles en profitent pour couvrir leurs confidences, leurs paroles secrètes. Lorsque cessent les instruments et les voix, elles murmurent davantage, ou se taisent complètement. Attendent pour pouvoir reprendre leur tête-à-tête. Elles se racontent, cherchent à comprendre qui est cette autre qu'il faudra bientôt quitter, cette autre que peut-être on a croisé trop tard, cette autre qu'on aura manquée... elles le sentent, mais il est trop tard, elles sont trop intimidées, trop incertaines pour détourner leur chemin, tout envoyer balader... trop de choses engagées, trop d'interrogations, trop de retenue. Mais elles veulent savoir. Ce à côté de quoi elles passent. Veulent savoir si elles passent vraiment à côté de quelque chose qui aurait pu être, si elles s'étaient croisées à un autre moment, en d'autres lieux, dans d'autres circonstances.

N'importe qui, à cet instant, regarderait ces deux-là toutes concentrées sur les mots de l'autre, souriant, riant, s'effleurant, le regard fuyant vers un ailleurs, ignorant les musiciens tandis que les mélodies se déversent langoureusement, devinerait ce qui se joue là, entre elles.

Peut-être l'un, a-t-il entendu un mot, ou deux, se détacher... il n'a pas su quoi en faire, il n'est pas sûr d'avoir bien entendu. Lui, assis sur une chaise derrière elles, ne veut pas voir, pas savoir. Ne veut pas savoir que l'une lui échappe, encore.

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