Tu y a pensé toute la
journée à ce message, celui que tu allais écrire ce soir. Sur le
trajet qui te conduisait de Mamoudzou à M'tzamboro ; durant la
surveillance ; à haute voix pendant le petit déjeuner face à
ta colocataire ;au milieu de tes corrections... la pensée
lancinante. Maintenant que tu as écrit ta lettre fleuve, masqué ta
fébrilité et tes inquiétudes derrière des discours chargés de
leçons et de sentences, derrière des mots durs et fiers, commence
le moment de l'attente. Tu vérifieras, ce soir, plusieurs fois
peut-être, puis demain matin au réveil sur ta boîte mail, s'il a
daigné répondre. Tu regarderas aussi sur ton portable dès que le
réveil sonnera. Il est possible aussi, qu’exceptionnellement,
l'impatience t'offre un réveil sans sonnerie et sans douleur demain
matin.
Parce qu'il ne reste qu'un
mois avant son départ, que tu ne sais pas ce qu'il adviendra de vous
à la rentrée, la voie qu'il aura choisie. Parce qu'au moment où il
aurait fallu profiter, s'emparer de l'instant, jouir et jouir encore,
voilà qu'il se met soudain, après cette longue période d'extase,
à dérailler… un grain de sable dans la machine à plaisirs... un
grain de sable dans ton bonheur béat. « Et moi ? Et moi ?
cries-tu... Tu penses, toi, à mon bonheur que tu mets en péril avec
tes névroses insensées, tes dérapages pathologiques ? Je
veux m'amuser encore et tu viens tout gâcher. »

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